POURQUOI IL FAUT DIRE NON AUX OGM

Publié le 09/05/2014
Catégorie : Dossiers sant

POURQUOI IL FAUT DIRE NON AUX OGM !!

 

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) font peser une grave menace sur la biodiversité, et entraineraient même la disparition de l'agriculture biologique, les paysans n'ayant pas de moyen de se protéger efficacement. Quant aux consommateurs, ils risquent de ne trouver que de plus en plus difficilement et à des prix très élevés, des aliments garantis sans OGM...


Pourquoi refuser les OGM ?

Le problème principal avec les OGM, c'est qu'il s'agit de manipulations génétiques qui laissent encore de nombreuses questions sans réponses, et dont la nécessité reste toujours à démontrer. Comment se comporteront-ils dans quelques années ? Quelles seront leurs conséquences sur la planète ? Sur les animaux et les humains ? C'est un jeu d'apprentis-sorciers qui pourrait bien nous exploser à la figure, au moment où il n'y aurait plus rien à faire… En attendant que de réels moyens soient mis en oeuvre pour mener les investigations tous azimuts qui s'imposent, il semble indispensable de faire jouer le principe de précaution, Pourtant, il y a déjà de plus en plus de cultures OGM dans le monde : on cultivait en 2001 52,6 millions d'hectares de plantes transgéniques, contre 1,7 million en 1996.

Les principales cultures OGM sont le soja, le maïs, le coton, le colza, le tabac.
Plus des deux tiers des terres se trouvent aux Etats-Unis, les autres sont en Argentine, au Canada, en Australie, en Afrique du sud, en Chine, en Inde et au Japon. L'Europe est encore en quelque sorte le dernier rempart contre cette déferlante… Les pro OGM justifient leurs manipulations par trois grandes raisons : ils vont polluer moins, nourrir le monde, et pallier à des problèmes techniques comme les insectes ou les " mauvaises herbes ".

 

Les OGM ne se justifient pas

Pourtant, les premières études faites avec un peu de recul sur les cultures OGM (rapport de la Soil Association Seeds of doubt.) montrent que les OGM sont loin d'être la panacée annoncée : rendements en baisse, consommation d'herbicides en hausse, développement de résistances aux herbicides pour les repousses...

En fait, la culture des OGM va de paire avec une forme d'agriculture totalement industrielle. En changeant de logique, c'est-à-dire en respectant les équilibres écologiques, des dimensions humaines, le rythme des saisons, bref en pratiquant une agriculture biologique, on apporte une réponse beaucoup moins risquée aux problèmes soulevés pour justifier les OGM. (Lire les ouvrages de l'agronome Pierre Rhabi, par exemple " Parole de terre ", éd. Albin Michel, ou "Le recours à la terre ", éd. Terre du Ciel). Voir aussi la position du professeur Gilles-Eric Seralini dans notre dossier sur le riz Pourquoi alors fabriquer des OGM ? Il faut en fait chercher les justifications ailleurs, du côté des logiques de pouvoir et d'argent...

Imaginer que l'on puisse permettre à quelques uns de s'approprier le matériel génétique de toute la planète, de le monnayer et de l'appauvrir devrait être inconcevable, mais c'est un dessein que certains ont tout à fait conçu… ! (Lire à ce sujet "OGM, le vrai débat", du professeur Gilles-Eric Seralini, collection Dominos chez Flammarion)

 

Quels sont les risques ?

Le risque principal, ce sont les effets indésirables des OGM, non mesurés à ce jour faute d'expérimentations complètes. On a par exemple constaté des infertilités chez des truies nourries au maïs OGM aux Etats-Unis, problèmes qui se sont résorbés dès le retour à une alimentation non transgénique. En Inde, les paysans ont de plus en plus de mal à cultiver le coton Bt, et s'endettent en insecticides…

En janvier 2002, l'Agence Française pour la Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) demandait des analyses plus approfondies sur les effets sanitaires à long terme des OGM. Elle soulignait en particulier l'actuel manque de tests à faibles doses sur les animaux, afin d'étudier les effets sur les organes vitaux. L'Agence des Normes Alimentaires du Royaume Uni a publié aussi les résultats d'une étude démontrant que les gènes introduits dans les plantes transgéniques peuvent non seulement survivre dans l'intestin humain, mais également être transférés aux bactéries intestinales. Quand on sait que des gènes résistants aux antibiotiques sont très souvent utilisés dans les plantes transgéniques, on peut s'inquiéter… Voilà pourquoi aujourd'hui il semble extrêmement prématuré d'autoriser la commercialisation et la culture d'OGM. Voilà pourquoi on ne peut pas laisser les cultures transgéniques risquer de coloniser irrémédiablement toute la planète…

 

Contamination incontournable

Aujourd'hui, plus personne ne conteste que les plantes génétiquement modifiées peuvent contaminer leurs voisines conventionnelles. Or on ne connaît à ce jour aucun moyen de dépolluer une plante contaminée… Il y a deux voies de contamination : d'abord une façon " naturelle ", rien ne pouvant empêcher le vent ou les abeilles de transporter les pollens des OGM et de le déposer sur des plantes saines, les contaminant irrémédiablement. Le pollen du colza, par exemple, peut être dispersé au-delà de 4 kilomètres. Ainsi, il n'y a quasiment plus de colza biologique au Canada, du fait d'une contamination transgénique pratiquement systématique. La deuxième voie de contamination, c'est la dispersion accidentelle de semences de plantes transgéniques, soit par des oiseaux, soit lors du transport…. Des études attestent de la réalité de ces risques. Le Centre Commun de Recherche de l'Union Européenne a par exemple publié en janvier 2002 un rapport sur la coexistence des agricultures génétiquement modifiée, conventionnelle et biologique. Ses conclusions montrent que la contamination serait inévitable, dès lors que les cultures OGM seraient autorisées.

 

L'arrêt de mort de l'agriculture biologique

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que si la culture des OGM se développait, plus aucun champ ne serait à l'abri d'une contamination. Aucune mesure de protection n'étant efficace, petit à petit, la contamination OGM ferait effet boule de neige, de plus en plus de plantes seraient contaminées, qui à leur tour en contamineraient d'autres, etc… A terme, on peut craindre qu'il n'y ait plus de variétés exemptes d'OGM…. Et donc, plus aucun agriculteur ne pourrait garantir que sa production est exempte d'OGM. Or, c'est une condition sine qua non à la certification AB… Seule solution pour les agriculteurs bio : faire contrôler systématiquement toutes leurs récoltes, ce qui entraînerait des surcoûts importants ! Le rapport du Centre Commun de Recherche de l'Union Européenne estime que ces coûts visant à protéger les cultures non OGM, se reporteraient sur tous les exploitants, conventionnels comme bio. Achat systématique de semences certifiées non OGM, contrôles renforcés, assurances, sans compter la complexification des pratiques nécessaires pour préserver la filière non OGM… Ces coûts seraient de l'ordre de 1 à 10%, par exemple plus de 9% pour la production du maïs et jusqu'à plus de 41% pour la production de semences de colza bio.(http://natpro.be/prapport.htm) ! Une autre étude, réalisée au Danemark et présentée au Parlement danois en janvier 2003, estime les coûts supplémentaires entre 8 et 21% .

 

La victime sommée de payer !

Quoi qu'il en soit, les mesures prises et justifiant ces surcoûts ne nous mettront pas totalement à l'abri d'une contamination ! Non seulement il faudra payer plus pour tenter de se protéger, mais les agriculteurs bio ne seront pas dédommagés des éventuelles contaminations ! C'est ce qui s'est passé pour Joaquin Resano, agriculteur bio en Navarre, au nord de l'Espagne. Il y cultive du maïs depuis des années. En mai 2002, le comité régulateur d'agriculture biologique a constaté que la récolte de l'automne 2001 était contaminée par les OGM, vraisemblablement par transfert de pollen d'un maïs transgénique autorisé à la culture en Espagne en 1998. Cet agriculteur a donc perdu le droit de vendre son maïs sous le label " bio ", bien qu'il n'ait pas utilisé de produits chimiques et qu'il ait suivi toutes les normes de l'agriculture biologique. Il a donc été obligé de le revendre aux filières conventionnelles à plus petit prix. Il n'a reçu aucune compensation pour son manque à gagner…

Au Canada, ce sont 950 cultivateurs de colza bio qui ont été touchés ! On estime leurs pertes à plus de 14 millions de dollars…

 

Les pollueurs pas payeurs

Il n'y a pas de législation européenne en matière de responsabilité environnementale ou civile en ce qui concerne les OGM. Par conséquent, l'agriculteur bio qui verra ses cultures contaminées et ne pourra pas faire certifier ses produits n'aura aucun recours pour être indemnisé pour son manque à gagner. L'Union Européenne reconnaît qu'il y a un problème de coexistence entre les agricultures bio et OGM. Mais elle a décidé de ne pas légiférer en la matière et de plutôt laisser gérer cela par les états membres, comme bon leur semble ! Ainsi, situation ubuesque, des agriculteurs canadiens contaminés ont été condamnés à payer pour " violation de brevet " ! C'est le cas de Percy Schmeiser, agriculteur (conventionnel) au Saskatchewan (Canada). Ses champs de colza furent contaminés par une variété transgénique de la compagnie Monsanto. Cette dernière a lancé une procédure juridique contre Percy Schmeiser pour " violation de brevet " , et le juge a arbitré en faveur de la compagnie ! Il a expliqué que peu importait pourquoi et comment, il y avait violation du brevet de Monsanto ! Percy Schmeiser fut donc condamné à payer une amende de plus de 170 000 dollars canadiens et à rendre toutes ses semences à la compagnie. Ce septuagénaire, qui a dû hypothéquer sa ferme, poursuit sa lutte contre Monsanto et contre le jugement. La Cour fédérale a maintenu la décision de justice originale, c'est la Cour Suprême du Canada qui va bientôt devoir statuer. (" La bataille de David contre Goliath ", site web de Percy Schmeiser : http://www.percyschmeiser.com)

 

Que peut-on faire?

Il est certain que l'agriculture bio telle qu'elle existe aujourd'hui disparaîtra à jamais si les OGM sont commercialisés à grande échelle sans mesures radicales pour réduire les conséquences au minimum.

La FNAB (fédération nationale de l'agriculture biologique en régions) estime en particulier qu'une législation interdisant les cultures OGM dans un périmètre donné autour des cultures biologiques pourrait permettre de bloquer les OGM… à condition qu'il y ait suffisamment de " bios " répartis sur tout le territoire national ! Certains maires commencent à prendre des arrêtés en ce sens.

En 2003, la mobilisation a été forte contre la levée du moratoire, de nombreuses pétitions ont été lancées, par exemple par le réseau des magasins Biocoop et les Amis de la Terre.

Ils avaient notamment les exigences suivantes :

- "Le moratoire sur la commercialisation des OGM doit être maintenu dans l'Union Européenne tant que des actions concrètes n'ont pas été prises pour limiter au maximum la contamination par les OGM, pour garantir la coexistence des différents types d'agriculture, et pour définir précisément la responsabilité du contaminateur."

- "L'Union Européenne doit mettre rapidement en place des mesures pratiques et légales rigoureuses, visant à protéger EFFICACEMENT et DURABLEMENT l'agriculture biologique de la contamination par les OGM. Nous exigeons que tout surcoût entraîné par ces mesures soit pris ENTIEREMENT ET EXCLUSIVEMENT en charge par les industriels qui mettent ces OGM sur le marché".

- "L'Union Européenne doit mettre en place une législation en matière de responsabilité environnementale et civile pour les dommages causés par les OGM avant que ceux-ci ne soient autorisés à la commercialisation. Cette législation devra IMPERATIVEMENT assurer qu'en cas de contamination des cultures biologiques par des OGM, celui qui cultive les OGM à proximité et/ou la compagnie produisant les OGM en question seront responsables des dommages et seront tenus à indemniser INTEGRALEMENT l'agriculteur bio pour toutes les pertes subies : perte de la mention " issu de l'agriculture biologique ", mesures de décontamination, etc"

- "La France doit continuer à soutenir le moratoire".

- "Les essais en plein champ d'OGM expérimentaux doivent être suspendus tant que le problème de la contamination des cultures bio et conventionnelles n'est pas maîtrisé."

- "Les agricultures biologique et conventionnelle doivent être protégées en créant des " Zones sans OGM ", où la culture des plantes transgéniques sera interdite à l'intérieur d'un certain rayon autour des lieux de production biologiques. Cette demande vaut aussi pour des productions non bio, comme les AOC, les labels rouges et celles interdisant dans leurs cahiers de charges l'utilisation ou la présence d'OGM".

 

 

 

Véronique Bourfe-Rivière

article basé sur un premier travail de rédaction publié dans le magazine Consom'action n°19

 

Pour en savoir plus :

- nous vous recommandons le site de l'association infogm http://www.infogm.org/ ,
extrêmement complet.
-et celui du crii-gen, comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique, présidé par Corinne Lepage et dont le professeur Gilles-Eric Seralini est un membre éminent : http://www.crii-gen.org

 


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