LE LAIT MODERNE EST IL TOXIQUE ?

Publié le 09/05/2014
Catégorie : Dossiers sant

LE LAIT MODERNE EST-IL TOXIQUE ?

 

En ne tétant plus le pis de sa mère, naturellement riche en microbes, le veau ne peut plus digérer correctement son lait, ce qui engendre des troubles digestifs et une production d'urée. Qu'en est-il de l'homme qui consomme du lait industriel ?

 

Le traumatisme créé par la maladie de la vache folle dans nos consciences repues des produits de l'élevage bovin frise aujourd'hui l'amnésie totale, alors que nous sommes loin d'avoir découvert tous les enseignements que cette crise a livrés. L'un d'entre eux est le constat suivant : il y eut certes peu d'animaux bio malades mais il y en eut. Et aucun d'eux n'était né en bio. Les multiples comités d'experts, plus officiels les uns que les autres, se sont bien gardés de demander pourquoi.

 

Que boit le veau ?

La réponse est pourtant simple. Un veau bio boit du lait naturel (pour l'AB) ou bio (pour Nature & Progrès) pendant trois mois au minimum. Que boit un veau conventionnel ? Du lait reconstitué à partir de poudre de lait écrémé et de divers ajouts d'eau, de graisses et de protéines de toutes origines. Cette pratique, moyennant une subvention importante des pouvoirs publics pour la déshydratation, permet de vendre le beurre, puis le lait écrémé, et enfin le veau élevé avec les sous-produits de peu de valeur de l'industrie agro-alimentaire, dont à l'époque les fameuses farines de viande et d'os (FVO) infestées de prions pathogènes. On a fini par interdire l'ajout des FVO qui, du coup saturent les incinérateurs des cimenteries, mais l'utilisation du lait reconstitué est toujours autorisée. Au-delà de la qualité douteuse des sous-produits qui le composent, ce pseudo-lait arrive dans le ventre du veau sans la boite à outils nécessaire à sa digestion. Ce n'est pas en effet le veau qui digère le lait, mais d'abord une immense diversité de microbes et ferments qui le rendent assimilable par le veau. Ces microbes sont présents sur le pis et dans le lait de la vache élevée naturellement. Il sont disparu du lait reconstitué, d'où les multiples diarrhées et infections liées à la prolifération des microbes pathogènes qui prennent dans le ventre du veau la place des bons microbes qu'on a éradiqués, d'où l'abus d'antibiotiques dans l'élevage des veaux...

 

Le lait que nous buvons est-il meilleur ?

La généralisation des intolérances au lait de vache peut faire penser que non. Tout d'abord, l'humain est encore moins préparé que le veau à digérer les protéines du lait de la vache, sauf si elles sont auparavant dégradées par de multiples ferments lactiques et autres microbes qui font la qualité et la digestibilité des fromages fermiers traditionnels. D'où viennent ces microbes ? Du sol, du fourrage puis de la panse de la vache, d'où ils sortent avec la bouse pour se disséminer dans la litière de l'étable et sur le pis d'où ils contaminent la bouche du veau qui tête et le lait des élevages naturels, mais pas ceux des élevages modernes. Pourquoi ? D'une part les races traditionnelles ont été sélectionnées pour manger de l'herbe et avec elle développer dans la panse de la vache les microbes dont l'homme a besoin pour digérer le lait. C'est grâce à cette sélection que les peuples du nord et du centre de l'Europe sont tous des buveurs de lait et ne connaissaient pas les traditionnellement les intolérances actuelles.

Les races modernes ont par contre été sélectionnées sur la quantité de lait produite avec une alimentation artificielle et ont dans leur panse une flore bactérienne appauvrie qui n'a plus rien à voir avec ce que l'homme a besoin. D'autre part, le déséquilibre de l'alimentation des vaches modernes multiplient les risques de prolifération de microbes pathogènes (listéria, staphylocoques..) dans leur lait. C'est pourquoi leur lait n'est commercialisable que s'il est débarrassé de tout microbe (on mesure le taux de cellules), les bons comme les mauvais. L'éleveur est ainsi obligé d'adapter la nourriture de ses vaches à la production d'un lait le plus pauvre possible en microbes, de traite dans une ambiance stérile après avoir désinfecté le pis de la vache…au point qu'il est devenu impossible de faire du fromage sans rajouter des ferments lactiques industriels alors que ces ferments sont normalement présents dans le lait ! Les fromagers fermiers qui veulent fabriquer leur ferment à partir du lait cru de la ferme sont sans cesse tracassés par les services vétérinaires parce qu'ils ont " trop de cellules ".

L'industrie fromagère ne travaille, elle, qu'avec des laits stérilisés, ou des laits soi-disant " crus " qui sont en fait thermisés ou ou microfiltrés (procédés qui éliminent les microbes tout aussi bien que la stérilisation). Et si pas hasard un dernier microbe réchappait à tout çà, le consommateur peut être rassuré : le lait ne lui est jamais livré que stérilisé à basse ou haute température (UHT) et plus aucune fermière ne remplira votre bouteille de lait après avoir plongé sa louche dans son bidon. Le lait est devenu un produit trop dangereux pour ne pas être sécurisé, c'est-à-dire tué !

 

De l'urée dans le lait

Malheureusement, les aberrations de l'élevage moderne ne s'arrêtent pas là et la plupart des laits commercialisés sont devenus de véritables déchets industriels. La vache ruminait bien avant de pouvoir regarder passer les trains parce que cela est indispensable à sa digestion. Son estomac est très développé, constitué de plusieurs poches, car elle est incapable de digérer les protéines et les sucres qu'elle n'y a pas fabriqué elle-même. Elle rumine pour permettre la multiplication de milliards de microbes qui déstructurent l'herbe pour fabriquer des protéines, des sucres et des fibres digestives. La quantité de lait produite par une vache est directement liée à la la quantité de protéines qui entre dans son intestin. La vache rumine huit heures par jour, ce qui limite forcément la quantité de lait qu'elle peut ainsi produire.

Pour gagner du temps et augmenter cette quantité, l'éleveur moderne n'a rie trouvé de mieux à faire que de la nourriture que de la nourriture directement avec de grosses quantités d'aliments concentrés contenant de nombreuses protéines " étrangères ". Au début du siècle, il commença à donner des farines de viande. Aujourd'hui, ces protéines sont avant tout constituées de tourteaux de soja, mais elles ne sont pas plus fabriquées dans l'estomac de la vache que les farines de viande. Pour l'intestin de la vache, il s'agit de protéines de mauvaise qualité.

Que fait un organisme lorsqu'il est saturé de protéines de mauvaise qualité ? Il les dégrade sous forme d'urée qui est un déchet toxique. Et que devient l'urée lorsqu'elle fabriquée en grande quantité ? Elle est d'abord évacuée par l'urine, puis par le lait, ensuite elle est attirée par le cerveau et les vaches deviennent folles comme nous en a averti Rudolf Steiner, il y a bientôt un siècle. Les vaches modernes à haut rendement ont toutes été sélectionnées sur leur capacité à faire du lait avec des protéines exogènes plutôt qu'avec celles venant des microbes de leur intestin, c'est-à-dire un lait saturé d'urée, toxique pour les consommateurs !

 

Et la bio ?

L'élevage bio limite les aliments concentrés à 40% de la ration de la vache, 20% à nature et progrès. En conventionnel, certains éleveurs dépassent les deux tiers de la ration. Nature& Progrès déconseille les races modernes, comme la Prim'Holstein. Les laits bio Nature&Progrès sont certes meilleurs que le lait conventionnel, mais préférez-les venant de races traditionnelles nourris à l'herbe et au foin, crus ou mieux, sous forme de fromages fermiers au lait cru.

 

Pour une bonne production laitière, l'abattage des veaux est une nécessité

Une vache peut naturellement donner du lait toute l'année, ne s'arrêtant que quelques jours pour un nouveau vêlage. Si elle ne donne pas naissance à un nouveau veau, elle peut même donner du lait sans interruption pendant plusieurs années. La quantité est alors moindre. C'est pourquoi la plupart des éleveurs font naître un veau chaque année. Ce dernier est par la suite élevé pour être abattu pour la viande, seules quelques génisses étant gardées pour remplacer les vaches trop vieilles pour produire. L'abattage des veaux et des vaches insuffisamment productives (de réforme) est une nécessité pour l'éleveur qui ne peut pas laisser croître son troupeau en permanence. Une vache peut vivre quinze à vingt ans sans problèmes, mais la course à la rentabilité des élevages modernes pousse à ne les garder aujourd'hui que pour deux à trois lactations en moyenne.

Dans le premier mois qui suit la naissance, les vaches laitières produisent plus de lait que ne peut en consommer le veau. L éleveur qui laisse le veau téter peut traire ce lait. S'il veut continuer à traire lorsque le veau grandit et devient capable de téter tout le lait disponible, il doit le séparer quelques heures, la nuit ou le jour, de sa mère pour la traire avant de les remettre ensemble. Mais cela ne fournit pas beaucoup plus de lait que ce qui est nécessaire pour la famille et est insuffisant pour l'éleveur qui vit de la vente du lait.

Traditionnellement, dès la naissance ou quelques jours après, les éleveurs séparent le veau de sa mère, la traient pour le faire boire dans un seau afin que ni lui ni la vache ne s'habitue à la tétée et gardent pour la vent e le surplus de lait. Lorsqu'elles se font encore à la main, la présence du veau à coté de sa mère pendant ces premières traites la rend plus docile et l'habitue à la traite. Puis, dès que le veau peut se nourrir sans lait, l'éleveur en garde la totalité pour le vendre ou le transformer en fromage.

 

Le veau privé de lait maternel

Les subventions à la déshydratation et les sous-produits industriels permettent aujourd'hui au lait artificiel et aux aliments du commerce d'être moins cher que le prix du lait payé à l'éleveur. Aussi, la plupart des éleveurs modernes ne donnent plus du tout de lait d el amère au veau. Dans les élevages industriels, ceux-ci sont élevés en batterie, dans des box individuels dans lesquels ils peuvent à peine se déplacer. Ces pratiques sont heureusement interdites par le cahier des charges bio.

Pour digérer le lait, le veau le fait cailler dans son estomac. La présure qui est utilisée pour faire le fromage est extraite de la caillette, une des poches de l'estomac du veau, qui est récupérée après son abattage. Quelques plantes, de la famille des artichauts, permettent aussi de faire cailler le lait et sont utilisées dans certaines fabrications traditionnelles espagnoles ou portugaises. Seule une poignée d'éleveur les utilisent en France à cause de l'irrégularité de leur action. Certains laboratoires commercialisent des présures issues des bio technologies (OGM) de plus en plus utilisées par les industriels mais heureusement interdites en bio.

Guy Kastler

Chargé de mission à Nature et progrès