POURQUOI ALLAITER ?

Publié le 07/05/2014
Catégorie : Dittique curative

POURQUOI ALLAITER ?


Il circule trop d'informations erronnées concernant les soi-disant risques de donner le sein. Non seulement c'est un acte de prévention, mais en plus c'est plaisant. Et cela n'a rien de ringard, au contraire !

Même si le taux moyen d'allaitement à la naissance grimpe régulièrement depuis une dizaine d'années (58% en 2003 contre 45,8% en 1995), la France n'en demeure pas moins largement à la traîne par rapport aux autres pays européens (notamment les pays scandinaves où le taux à la naissance frôle les 100%).

Gageons que si ses avantages étaient mieux connus, il y aurait chez nous nettement plus de mères et de bébés à connaître les joies de l'allaitement.

 

C'est bon pour la santé de l'enfant

Passer en revue les effets de l'allaitement sur la santé dépasserait largement le cadre de cet article : les études des toutes dernières années sur le sujet remplieraient à elles seules plusieurs volumes .Je me contenterai d'en donner plusieurs exemples, à court comme à long terme. Une simulation faite en France (1) récemment estimait que si la proportion d'enfants allaités y était la même qu'en Norvège (99% à la naissance, 42% à 9 mois), 8000 cas de diarrhées à rotavirus (le germe le plus souvent incriminé dans les diarrhées aigues) et 1000 hospitalisations pourraient être évitées chaque année.

A une époque où reviennent chaque année les cas de bronchiolites du nourrisson (30% des bébés atteints chaque année en France), ilest intéressant de connaître le rôle protecteur de l'allaitement face à cette affection qui empoisonne la vie de tant de familles. Une étude dont le but était de déterminer les facteurs augmentant le risque de bronchiolite chez les enfants de moins de 2 ans (2) a trouvé que le fait d'avoir été allaité ou d'être toujours allaité était associé à un risque nettement plus bas.

Une étude parue en 2003 (3) a confirmé l'effet préventif de l'allaitement sur l'obésité infantile, effet qu'avaient mis en évidence plusieurs études antérieures et qui intéressaient énormément les acteurs de la santé publique dans les pays riches, confrontés qu'ils sont à une véritable épidémie d'obésité. Aux âges de 4, 5 et 6 ans, le taux de surpoids et d'obésité était respectivement presque deux ou trois fois plus élevés chez les enfants qui n'avaient pas été allaités ou l'avaient été pendant moins de trois mois.

 

C'est bon pour la santé de la mère

On sait que l'allaitement s'accompagne chez la mère d'une baisse transitoire de la minéralisation osseuse, et certains en ont déduit que cela pourrait augmenter le risque ultérieur d'ostéoporose. Plusieurs étude sont montré qu'il n'en est rien , bien au contraire.

L'une d'elles, faite en 2001, par les pédiatres de l'UC Davis School of Medicine and Medical Center a montré que m^me chez les mères adolescentes, qui sont donc encore en croissance, l'allaitement non seulement ne compromet pas les os, mais peut au contraire les renforcer. Etudiées trois ans après leur dernier accouchement, les mères adolescentes ayant allaité avaient une densité osseuse supérieure de 5 à 7 % à celle des mères n'ayant pas allaité (4).

De nombreuses études ont montré qu'avoir allaité abaissait le risque de souffrir plus tard d'un cancer féminin (sein, ovaires, utérus..), et ce d'autant plus qu'on avait allaité longtemps. Dans l'une d'elles (5), le risque de survenue d'un cancer du sein étaient près de deux fois plus élevé chez les femmes qui n'avaient pas allaité par rapport à celles qui avaient allaité trois enfants et plus ; et plus de deux fois plus élevé chez les femmes qui n 'avaient pas allaité par rapport à celles qui avaient allaité leur premier enfant pendant au moins treize mois.

Une toute récente étude (6) semblerait prouver qu'avoir allaité diminue également le risque d'apparition d'un diabète de type II, et ce d'autant plus qu'on a allaité longtemps. Des chercheurs de Brigham and women's hospital de Boston (Etats-Unis) ont suivi pendant au moins douze ans deux groupe de 83 585 et 73418 femmes ayant eu des enfants. Celles qui avaient allaité pendant au moins un an avaient environ 15% de moins de risques de développer un diabète de type II que celles qui n'avaient pas allaité du tout. Chaque tranche de douze mois d'allaitement supplémentaire diminuait le risque de 15%.

 

C'est agréable pour la mère et pour l'enfant

Quiconque a pu un jour observer un bébé en train de téter ne peut que reconnaître qu'il s'agit bien là d'une expérience apportant du plaisir. Plaisir de combler sa faim, bien sûr. Mais pas seulement : on sait que le bébé, même tout petit, ne tête pas que par faim, et que mêmes les tétées " nutritives " ne sont pas que nutritives. Elles ont une expérience sensitive, sensuelle, relationnelle et affective totale, où tous les sens du bébé, et aussi son besoin d'amour et de relation sont comblés.

Ce plaisir, il l'exprime par des mimiques, des sourires, des bruits (grognements de satisfaction…), des caresses, une détente de tout le corps. Et quand il est en âge de parler, il l'exprime par des mots ! Comme cette petite fille disant : " Maman, ton lait, il est bon, il est tout doux ". Le plaisir que trouve la mère à allaiter est aussi multiple : plaisir des sens (le toucher, l'odorat - ça sent bon, un bébé allaité ! -, la vue, par l'échange des regards, l'audition, ah les petits bruits que fait le bébé en tétant… - , la caresse des petites mains…) , plaisir de la détente et de la relaxation induite par la tétée (grace notamment aux endorphines et à l'ocytocine), plaisir de se réaliser, de réussir par soi-même, plaisir de donner, plaisir de voir l'enfant grandir et se développer en bonne santé, plaisir de faire plaisir…

 

Il n'y a pratiquement pas de contre-indications

Contrairement à ce qu'on entend souvent, les situations où l'on ne peut pas allaiter où bien où l'on doit arrêter l'allaitement sont extrêmement rares. L'allaitement peut être poursuivi dans la plupart des maladies : rhumes, grippes, infections diverses, gastro-entérites, intoxications alimentaires, rougeole, rubéole, varicelle (en dehors de la période néo-natale), choléra, typhoïde, maladies parasitaires (comme la malaria), même cancer s'il n'y a pas de chimiothérapie.

Avoir la fièvre n'oblige pas du tout à stopper l'allaitement. Beaucoup de mère sont réussi à allaiter malgré des maladies chroniques telles que : asthme, diabète, mucoviscidose, épilepsie, maladies thyroïdiennes…

Il existe très peu de médicaments vraiment incompatibles avec l'allaitement (7), et il est exceptionnel de ne pas pouvoir en trouver un qui soit sans risque pour l'enfant, dans toute la panoplie existante. Si la mère est fumeuse, il est préférable pour son bébé d'être allaité que nourri au biberon (8).

 

Comment faire pour que ça marche

Pour mettre toutes les chances de son coté, il est bon de connaître certaines bases de l'allaitement : des tétées précoces (si possible dans les deux heures qui suivent la naissance), des tétées fréquentes (une moyenne de huit à douze les premiers temps), sans limitation de durée, ni intervalle à respecter entre deux tétées, une bonne position au sein, (qui évite les douleurs aux mamelons et permet une succion efficace), pas de biberons de complément, la proximité mère/enfant notamment la nuit.

Et savoir que l'immense majorité des arrêts précoces de sont pas justifiés et pourraient être évités : les douleurs des mamelons sont principalement dues à une mauvaise position du bébé au sein. ; le " manque de lait " est dû à une limitation arbitraire des tétées ; on peut poursuivre l'allaitement après la reprise du travail ; l'allaitement peut, selon les recommandations officielles, être exclusif les 6 premiers mois et et être " poursuivi jusqu'à l'âge de 2 ans ou même davantage , selon les souhaits de la mère, à condition d'être complété par la diversification alimentaire, à partir de l'âge de 6 mois."

Et pour être bien accompagnée sur lez chemin de l'allaitement, il ne faut pas hésiter à contacter les associations de mères (voir contacts et liens) qui offrent information et soutien et sont les meilleurs garants du soutien.

Claude-Suzanne DidierJean-Jouveau

Animatrice de la Leche league en France, rédactrice en chef du magazine trimestriel " allaiter aujourd'hui " édité par la Leche League France (abonnement 20 euros)

 

Références

1. Melliez H et al, Mortalité, morbidité et coût des infections à rotavirus en France, bulletin épidémiologiques hebdomadaire 2005 ;35.

2. Ruiz-Charles MG et al, Risk factors associated with bronchiolitis in children under 2 years of age, Rev. invest. Clin. 2002; 54 (2)125-32

3. Bergmann KE et al, Early determinants of childhood overweight and adiposity in a birth cohort study : role of breast-feeding, Int J. Obes. Relat. Metab. Disord. 2003; 27 2() : 162-72

4. Chantry C, Breastfeeding may protect bones in teen -age mothers, annual joint meeting of the pediatric academic Societes and American Academy of Pediatrics, Baltimore 2001

5. Zheng T, Holford TR, Mayne ST , Lactation and Brest cancer risk : a case control study in Connecticut, Br J Cancer 2001; 84 (11) : 1472-76

6. Stuebe AM et al, Duration of lactation incidence of type 2 diabetes, Journal of American Medical Association 2005; 294 (20) : 2601-2610

7. Voir l'ouvrage de Thomas W. Hale, Medications and mothers'milk , régulièrement mis à jour.Et la brochure d e la LECHE LEAGUE France, Médicament set allaitement, compilation des " coins des prescripteurs " des dossiers de l'allaitement. On peut aussi se renseigner auprès des centres de pharmaco vigilance, des centres anti poison, des lactariums, et d'IMAGE (information sur les Médicaments Administrés pendant la Grossesse), Hopital Rober Debré ; Tél : 01 40 03 21 49

8. Voir sur ce point et bien d'autres, les recommandations de l'ANAES sur le site de la Haute autorité de santé (HAS).www.has-sante.fr, aller à " publications ", puis " pédiatrie-néonatologie "

 

CONTACTS

LA LECHE LEAGUE
BP 18
78620 L'ETANG LA VILLE
Tel : 01 39 584 584

COORDINATION FRANCAISE POUR L'ALLAITEMENT MATERNELL
22, rue Chènedollé
14500 VIRE
Mél : secretariat@coordination-allaitement.org
Site : www.coordination-allaitement.org

 

LIVRES DE L'AUTEUR

Chez Jouvence
" L'allaitement maternel : la voie lactée " ,2003 "
Anthologie de l'allaitement maternel ",2002
"Allaiter, c'est bon pour la santé ", 2003 "
Partager le sommeil de son enfant ", 2005
" Porter bébé, avantages et bienfaits ", 2006

Chez Dangles
" Les 10 plus gros mensonges sur l'allaitement "